mercredi 5 mars 2014

Les bruits de Recife



J’ai plutôt en tête des images de Recife. Maintenant, je connais ses bruits.

Les bruits de Recife est un film sur le Brésil. Pas le Brésil caricatural que l’on évoque en pensant à la prochaine coupe du monde de football, pas le Brésil du carnaval, des plages, des belles filles.

C’est le Brésil qui est sorti dans la rue il y a quelques mois pour protester contre la vie toujours plus cher, celui des différences et de la ségrégation sociale.



Pourtant, rien ne nous est imposé. Kleber Mendonça Filho, le réalisateur n’a pas ouvertement mis en avant la pauvreté, aucune scène n’est tournée dans les favelas. Il a choisi de tout suggérer, en filmant un quartier de classe moyenne de la zone sud de Recife dont le quotidien est perturbé par l’arrivée d’une société de sécurité privée.

La présence de ces hommes est source de tranquillité pour certains et de tension pour d’autres, dans une communauté qui semble avoir beaucoup à craindre.

A nous de lire entre les lignes, de deviner la violence latente, la tendance à l’hyper sécurisation, les jalousies et les mesquineries de voisinage, les désirs de vengeance de certains…

Il nous offre également de magnifiques paysages en « photographiant avec sa caméra » la campagne aux alentours de Recife. 
De ces images se dégage une impression de quiétude, en opposition avec cette atmosphère oppressante propre aux scènes tournées en ville.



Ce film est peut être un peu trop lent à mon goût.

On ne sait pas vraiment où le réalisateur nous emmène, on lui fait confiance, on lui tient la main, et on avance à tâtons.

Cependant, il a le mérite de s’approcher d’une réalité sociale qui est trop peu mise en avant.

Par ailleurs, à la manière de Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur appuie à plusieurs reprises sur le « bouton off » pour nous offrir au moment où l’on ne s’attend pas des moments magiques qui font de certaines scènes de ce film, de véritables petits bijoux.


La bande annonce :



mardi 4 mars 2014

La génération Y n'existe pas!



Depuis quelques semaines, suite à la parution des premières conclusions de l’enquête  sur les 18-34 ans : « Génération quoi ?», les articles se multiplient dans la presse à propos de la jeunesse, ou plutôt d’une certaine jeunesse : la génération dite Y.



Pourtant, les critères retenus pour définir cette génération Y, me laissent perplexe, tant ils sont parfois emprunts de stéréotypes et de préjugés.

Nouvelles technologies et big brotherisation de la société

Il paraît que les jeunes de la génération Y ne décrochent pas de leur smart phone, des réseaux sociaux…
Je le reconnais sans honte, je suis une geekette.
Toutefois, je constate que des gens de 40, 50 ans et plus fréquentent les mêmes réseaux sociaux que moi, et dévoilent parfois bien plus que ce que je ne le fais.
Je crois que cette tendance n’est pas propre à une génération. C’est un mouvement qui transcende les générations.

Le difficile accès au monde du travail : précarité, flexibilité, frustrations

Oui j’ai fait des stages non rémunérés, et  jobs pourris.
Je me suis fait exploiter en échange de quelques sous sur mon compte en banque, ou  pour avoir THE ligne sur mon CV.
Avec le recul, je reconnais que ces expériences m’ont permis d’apprendre  sur moi, sur le monde du travail durant ces années. J’en suis fière, et je ne les regrette pas.
Aujourd’hui, je gagne  correctement ma vie, je ne connais pas la précarité, je ne suis pas à plaindre.

MAIS il est vrai que je ressens une grande frustration au travail.
Les tâches que j’effectue dans le cadre de mon boulot ne sont pas intéressantes. Parfois, j’ai l’impression d’être complètement abrutie, de régresser. Toutes ces années d’études ça pour ça ?! Je me sens quelque peu flouée.

Dernier constat : le salaire versé aux jeunes diplômés ne leur permet pas de se projeter suffisamment dans l’avenir. Il faut toujours travailler plus, mais cela ne signifie pas pour autant de gagner plus.
Difficile de conserver toute sa motivation !



Le problème du logement

J’en conviens, dégoter la perle  rare, lorsque l’on ne gagne pas 5 000 euros par mois devient difficile.
Il faut faire la queue pendant des heures pour visiter des cages à rat, des plans foireux (chambre en échange de ménage et plus si affinités : WTF !), avoir si possible de solides garanties financières (merci papa-maman). Bref, il faut s’armer de patience, et avoir beaucoup de chance que l’on soit trentenaire, quarantenaire ou dans la vingtaine car la crise du logement en France ne concerne pas spécifiquement la génération Y


Instabilité, anti-autoritarisme, et recherche de l’épanouissement personnel

Je vois de plus en plus de jeunes de mon âge qui décident de quitter leur travail pour faire un tour du monde pour 1 an, aller à l’autre bout du monde parce qu’ils ne se sentent plus en phase avec la France…
Je les comprends….Moi aussi, j’ai envie d’ailleurs….
A l’heure des compagnies low cost, des sponsorings en tout genre, les jeunes auraient tort de s’en priver.
Mais souvenons-nous! Cette envie de voyage  n’est pas propre à une génération en particulier. Au XVIIIe siècle, les jeunes Nobles partaient pour un Grand Tour, plus récemment  les hippies ont pas mal voyagé….
Bref, les jeunes d’aujourd’hui ne sont ni plus aventureux, ni plus individualistes, ni plus insoumis que leurs aïeuls ne l’ont été !

Vers la révolte des Y ?

Est-ce que l’on va se révolter comme l’annonce avec fracas un journaliste du Monde ?
JE NE LE CROIS PAS !
Les jeunes se sont toujours illustrés par une envie de faire évoluer les choses, d’acquérir plus d’indépendance, de se détacher de certaines valeurs adoptées par les générations précédentes, bref, de tracer leur voix.
Peut-on aujourd’hui nous le reprocher, et nous enfermer dans cette caricature de génération Y en nous décrivant comme des enfants trop gâtés par leurs parents, instables, ultra-connectés ?

Si je dois descendre dans la rue pour défendre mes convictions, ce sera en tant que citoyenne, pas en tant que représentante d’une génération. Je ne veux pas être réduite à être une Y. Car je ne m’y sens pas liée. D’ailleurs, je crois que la génération Y n’existe pas, qu’elle est un simple construit particulièrement pratique pour les politiques et les médias.


Pour aller plus loin :

Frustrée, la jeunesse française  rêve d’en découdre, article de Pascale Krémer, publié dans Le Monde , le 25 février 2014.
Les jeunes ne croient plus à l’ascenseur social, article de Caroline Beyer, publié dans Le Figaro, le 26 février 2014.
Ecouter en podcast La génération Y sur France Inter, émission diffusée le 28 janvier 2014.
http://generation-quoi.france2.fr/

lundi 3 mars 2014

Lupita Nyong'o : un vent d'air frais souffle sur le cinéma !



Alors que certains (désolée Léo) attendent la récompense suprême toute leur carrière, Lupita se paye le luxe de la décrocher pour son premier film en tant qu’actrice ! Pas étonnant que son nom et son visage figurent en bonne place dans la presse aujourd’hui...


Pourtant, il y a encore quelques mois, son nom nous était inconnu. Qui connaissait cette fille de diplomates kenyans, née et élevée au Mexique, et formée à la très prestigieuse Yale School of Drama? Qui aurait parié qu’elle recevrait l’oscar de la meilleure actrice dans un second rôle ?
Habituée au « back office », aux coulisses, puisqu’elle a notamment été assistante de production sur le film The constant gardener, tourné au Kenya, Lupita a eu la bonne idée de sortir de l’ombre.
Sa performance dans 12 years a slave est remarquable à plusieurs titres. Elle a apporté une touche particulière à ce film en incarnant avec brio Patsey, une esclave abusée par son maître cruel, violent et irascible.


Ses origines, sa formation, et son évolution dans le monde du cinéma, font de Lupita un ovni à Hollywood. Elle est pleine de générosité, de simplicité, de fraicheur. Elle est à ce titre atypique.


Dimanche, lors de la cérémonie des oscars, elle a prononcé un très beau discours : « À aucun moment je n’oublie que toute cette joie dans ma vie est liée à toute la souffrance d’une autre personne. Je veux donc saluer l’esprit de Patsey pour m’avoir orientée, a-t-elle déclaré. Je remercie également Solomon pour avoir raconté son histoire et la sienne. Ainsi que Steve McQueen, (...) merci pour m’avoir mise dans cette position. Je suis certaine que ceux ont disparu se lèvent pour toi et te regardent avec beaucoup de gratitude. »




J’espère qu’elle conservera ce petit truc, qui la rend rayonnante à mes yeux.

Longue vie à Lupita en tant qu’actrice, mais également en tant que réalisatrice!


Le mec de la tombe d'à côté au théâtre : une réussite !

Le mec de la tombe d’à côté ! Quel titre bizarre ! L'histoire de deux inconnus, tous deux en deuil, mais n'ayant pas tellement d'autres points communs, qui se rencontrent dans un cimetière et tombent amoureux!
J’ai lu ce roman de Katarina Mazetti il y a quelques années. A l'époque, il m’avait séduit, sans plus. Il se lisait facilement, les personnages étaient attachants, bref tout pour plaire à des lecteurs, mais pas de gros « crush » de mon côté !

Néanmoins, lorsque des amis m’ont proposé d’aller voir au théâtre des Béliers Parisiens, la pièce adaptée de ce roman, j’ai tout de suite été emballée, car j’étais curieuse de découvrir comment le metteur en scène, Panchika Velez, avait bien pu se débrouiller pour ficeler tout cela.


Je n’ai pas été déçue. J’ai passé un excellent moment et j’ai eu bien plus de plaisir à écouter et à voir cette pièce qu’à lire le roman!
Le jeu des acteurs, Sophie Broustal et Didier Brice est rafraîchissant, drôle, juste, et émouvant.
La mise en scène est réussie. Panchika Velez a su retranscrire l’univers de ces deux drôles d’oiseaux (chose qui n’était pas aisée, à mon sens), les faire vivre, nous faire ressentir, tout ceci, sur une toute petite scène.

Informations pratiques :

Le mec de la tombe d’à côté
Durée de la pièce : 1H20
Jusqu’au 4 mai 2014
Théâtre des béliers parisiens
14 bis rue Saint Isaure
75018 PARIS
Métro Jules Joffrin

Pour finir, quelques extraits en vidéo :